Pascale LeBlanc Lavigne développe depuis quelques années une démarche singulière en arts cinétique et sonore, par des installations dont le mode de fonctionnement simple et l’aspect épuré, voire minimal, suscitent une fascination immédiate. Loin des perfections mécanique et esthétique qui caractérisent les objets industriels, les « machines » en mouvement de LeBlanc Lavigne se donnent comme des constructions artisanales, imprécises et désinvoltes, pour reprendre les termes de l’artiste, ce qui ne les empêchent pas de remplir avec efficacité les rôles pour lesquels elles ont été conçues. Dans l’installation Indéterminé, dont le titre même met en exergue le caractère imprévisible des circonstances de l’œuvre, deux systèmes mécaniques en mouvement interagissent dans une multitude de possibles.
Le son occupe une place importante dans ce dispositif, où des microphones et des haut-parleurs captent et diffusent les sons que leurs mouvements dans l’espace génèrent. Les bruits sont de sources multiples : des appareils suspendus au plafond tournoient à un rythme régulier, alors qu’au sol, des objets-machines sur roues se déplacent de manière erratique. Selon que ces objets soient équipés d’un micro ou d’un haut-parleur, et tout dépendant de leur trajectoire, les bruits des moteurs, des roues sur le plancher, le bruissement des fils dans l’air sont amplifiés, se contaminent en réverbérations qui poussent le matériel jusqu’à ses limites technologiques. En effet, l’épuisement des matériaux, allant parfois jusqu’à se détruire, est au cœur de l’approche de l’artiste; en créant des objets bruts, considérés d’emblée comme précaires ou fragiles, elle déjoue l’apparente invulnérabilité que la technologie peut conférer à des œuvres qui semblent destinées à fonctionner toutes seules indéfiniment. Ici, des signes subtils comme l’usure du plancher, contribuent également à marquer la mise en tension entre création et destruction (est-ce une forme de dessin, ou plutôt un bris?), une dualité parfois présente dans les œuvres qui se déploient dans la durée.
Dans son mémoire de maîtrise, déposé récemment à l’Université Laval, Pascale LeBlanc Lavigne utilise l’expression « potentiel de violence » pour définir l’imprévisibilité des systèmes qu’elle développe, en remarquant que leurs mouvements chaotiques et non-dirigés induisent une forme d’anticipation ou d’attention accrue du spectateur. En effet, l’incapacité à prévoir les déplacements des objets-machines contribue à placer le public sur le qui-vive, voire à se méfier. Cette nouvelle orientation contraste avec quelques œuvres antérieures de l’artiste, desquelles émanaient plutôt une forme d’humour (par exemple, l’installation remarquée dans la vitrine de Manif d’art, à Québec, reproduisant mécaniquement l’acte de nettoyer une vitre à l’aide d’atomiseurs et de chiffons) ou de douceur, comme lorsqu’elle investit une plage chilienne avec des objets qui laissent de fines stries sur le sable. Si l’artiste dit souhaiter que ses œuvres « parviennent à générer des formes aux échos poétiques », il convient de considérer la multitude de tons que cette poésie peut adopter. L’inattendu, la surprise, l’effroi, voire une forme de danger sont ici évoqués, dans une expérience continuellement renouvelée. 

Texte écrit par Marie-Pier Bocquet
Back to Top